Décision du ministre du Travail de réduire les heures de formation des grutiers

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Grutiers au travail
Photo: Eric Demers

Alors que les conclusions du comité d’experts mis sur pied par le gouvernement validaient pourtant les positions syndicales en reconnaissant que le métier de grutier est complexe et que la formation devait inclure des sections théoriques et pratiques, le ministre du Travail Jean Boulet a annoncé, en juillet dernier, la diminution d’heures de formation des grutiers et grutières.

« L’enseignement théorique et pratique, en milieu contrôlé, de notions de base par des formateurs qualifiés est indispensable pour l’acquisition des savoirs et des comportements fondamentaux liés à la conduite sécuritaire d’une grue.

“De l’avis de tous les acteurs du milieu, le programme Conduite de grues (DEP), qui combine une formation théorique et une formation pratique, constitue une référence quant à la nature des connaissances fondamentales nécessaires à l’exercice du métier.”

Rapport du Comité d’experts indépendants chargé d’évaluer l’aspect sécuritaire des modifications au Règlement sur la formation professionnelle de la main-d’œuvre de l’industrie de la construction et au Règlement sur la délivrance des certificats de compétence.

Rappelons qu’un an plus tôt, en juin 2018, la FTQ avait appelé les parties à s’entendre en demandant aux grutiers de respecter l’ordonnance et au gouvernement de former un comité indépendant pour étudier la sécurité du projet de règlement pour les travailleurs concernés. La décision du ministre est donc d’autant plus inacceptable.

La FTQ dénonce évidemment cette position et reste solidaire avec les travailleurs et travailleuses dans leurs revendications. Elle demande au ministre de revoir sa décision.

Le nouveau règlement sur la formation des grutiers et grutières réduit considérablement les heures de formation. Avant ce nouveau règlement, il fallait accumuler 870 heures de formation pour obtenir un diplôme d’études professionnelles (DEP) pour exercer le métier de grutier, alors que le nouveau règlement n’exige plus que 120 heures de formation et seulement 80 pour opérer un camion-flèche, d’où la crainte des travailleurs et travailleuses pour leur santé et sécurité. La formation de 870 heures, qui avait été instaurée à la suite d’une recommandation d’un coroner, a fait passer le nombre de décès moyen de 4,5 à 1,5 par année.

“Tant qu’à modifier le régime d’apprentissage, pourquoi pas faire les choses correctement ? Pourquoi le ministre ne met pas en place le DEP comme l’analyse le rapport ?”, souligne Evans Dupuis, directeur de l’Union des opérateurs de machinerie lourde, syndicat des grutiers affilié à la FTQ-Construction.

L’industrie de la construction est le milieu de travail le plus mortel au Québec. Chaque année, une cinquantaine de travailleurs et travailleuses de la construction décèdent à la suite d’accidents. En 1989, employeurs et syndicats de grutiers, ministère de l’Éducation, CSST et CCQ sont arrivés à la conclusion que la solution passait par la formation professionnelle pour réduire les accidents impliquant une grue ou un camion-flèche.

La centrale compte poursuivre activement ses démarches pour obtenir gain de cause. Ce dossier met en évidence des enjeux de formation d’un métier clé dans le secteur de la construction, ainsi que des enjeux déterminants en matière de santé et sécurité du travail.