Tête à tête avec Caroline Brouillette du Réseau action climat

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Patrick Rondeau et Caroline Brouillette échangent sur la Transition juste à la COP27. Crédit photo: Philippe Lapointe

À la COP27, le Monde ouvrier s’est entretenu avec Caroline Brouillette, directrice des politiques nationales au Réseau action climat Canada. La FTQ est membre du Réseau et nous travaillons conjointement sur plusieurs dossiers dont la transition juste. Croisée au Pavillon du Canada de la COP, nous en avons profité pour faire un tour de la place que le Canada doit prendre et où en sommes-nous avez la Transition Juste. 

Quels sont les enjeux à la COP27 et quel rôle a le Canada?

C’est une COP axée sur la question de l’implantation. Le Canada doit prouver qu’il est capable de remplir ses promesses, malheureusement nous n’avons toujours pas écrasé la courbe d’augmentation des gaz à effet de serre. Il reste du travail à faire. 

Il faut se poser la question pourquoi? Il y a un secteur qui ne fait pas sa juste part au Canada comparativement au reste du pays. On ne s’est pas attaqué directement aux émissions du secteur pétrolier et gazier. 

Pour la première fois, l’an dernier, nous avions un engagement à plafonner les émissions du secteur pétrolier et gazier. Est-ce qu’on va faire ça de manière rigoureuse et ambitieuse ou le gouvernement va céder aux efforts de dilution de délai et de désinformation de l’industrie pétrolière et gazière. 

Est-ce qu’il y a une crainte qu’il y ait des promesses qui soient faites, mais qu’elles ne soient pas ce qu’elles paraissent être?

L’implantation de ces promesses là est aussi sinon plus importante que l’engagement. L’engagement sert à la société civile pour tenir les gouvernements imputables, mais les paroles c’est plus facile que l’action. Donc c’est pour ça qu’on doit les surveiller de près. 

En tant que société civile, quels sont les leviers que nous avons pour les tenir imputables?

Nous en avons plusieurs, d’abord la conversation publique et la conversation médiatique. Les journalistes servent aussi à faire la veille des actions en matière de changement climatique. On peut utiliser la mobilisation sociale de façon large, de  façon créative. Bâtir des alliances. C’est comme ça que s’opère le changement. Par exemple, Franklin Delano Roosevelt, avant d’adopter le New Deal, cet ensemble de réformes progressistes, a rencontré les associations syndicales américaines et leur a dit: « Make me do it.» Forcez-moi la main. La société civile, nous sommes tous des acteurs de la reddition de compte et nous devons forcer la main du gouvernement. 

Il n’y a pas eu beaucoup d’annonces à cette COP, c’est plutôt silencieux. Est-ce qu’on perd une occasion d’avoir un gouvernement qui pourrait tirer le troupeau vers l’avant?

Il faut mettre en contexte. À chaque cinq ans depuis l’Accord de Paris, il y a un cycle, le cycle de l’ambition. Alors c’est normal que l’an dernier, on était à l’année où les pays devaient divulguer leur nouvelle ambition nationale. Nous ne sommes pas dans ce cycle en ce moment, c’est pour ça qu’il y a moins d’annonces « sexy ». C’est sûr qu’on aurait aimé que Justin Trudeau aie trouvé le temps de se déplacer avec une offre, ça aurait lancé un message fort. Il ne l’a pas fait. Cela étant dit, ça ne veut pas dire que tout est perdu, mais plutôt que l’on doit se concentrer sur l’implantation, tout en augmentant notre ambition. Au Canada, nous avons plusieurs politiques publiques climatiques qui sont en développement et il faut garder la pression sur ces politiques pour qu’elles soient ambitieuses. 

On pense au plafonnement des émissions du secteur pétrolier et gazier; au mandat sur les véhicules zéro-émission; le Standard sur l’électricité propre, la Loi sur la transition juste, il y en a plusieurs. C’est beaucoup de travail. Ce qu’on aurait aimé dans cette COP sur le thème de l’implantation c’est que le gouvernement présente où nous en sommes et qu’on avance dans ce procédé de mise en œuvre. 

Tu as mentionné la Loi sur la Transition juste, pour toi quel serait le pas qui pourrait être fait pour faire en sorte que l’implantation acquiert un enthousiasme pour les gens qui doivent l’appliquer, mais aussi être ambitieux?

Justement c’est la question de l’implantation, qui est importante. Le gouvernement fédéral prend une pléthore d’engagements sur la scène internationale, mais tarde à les appliquer au niveau national. La loi sur la transition juste est une promesse de l’élection de 2019, nous sommes en 2022. On est déjà en retard. 

Ensuite, tous les grands syndicats canadiens sont membres du Réseau action climat. Donc mon organisme n’a pas une position qui est différente de celle de la FTQ, du CTC et d’UNIFOR. Notre travail sur la transition juste est informé par le mouvement syndical et nous travaillons conjointement. Il y a des Réseaux action climat dans de nombreux pays et le Réseau action climat du Canada est le seul Réseau qui a les syndicats parmi sont membership. C’est extrêmement puissant lorsque l’on parle au gouvernement de changement climatique et de transition juste, on est en solidarité et on est une coalition qui canalise aussi la voix des travailleurs et travailleuses. 

Notre défi va être que la Loi sur la Transition juste reflète la définition de Transition juste de l’Organisation internationale du travail et mise sur le dialogue social. 

Merci pour ton temps!

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