La barrière de la langue

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« Le Québec, le Canada, c’est la liberté. Dans mon pays, il y a eu 23 ans de dictature avant de connaître la liberté d’expression. » – Hasen Hamdi, qui reconnaît néanmoins que l’intégration en milieu de travail a été plus difficile pour sa conjointe qui porte le voile. Photo Daniel Mallette

Un dossier de cinq articles sur les travailleurs étrangers membres du Syndicat des Métallos par Clairandrée Cauchy. Pour lire les articles précédents : Ces travailleurs venus d’ailleurs; Enraciné à Lebel-sur-Quevillon.

Le président de l’unité syndicale chez Charl-Pol à Portneuf, Hasen Hamdi, est inquiet pour ses collègues travailleurs étrangers temporaires qui risquent d’échouer le test de français nécessaire pour obtenir leur résidence permanente, qui leur permettra de s’établir pour de bon au Québec.

« C’est logique, on est au Québec, on parle le français. Mais le niveau de français de plusieurs de mes collègues tunisiens est trop bas pour réussir le test de français, souvent ils n’ont pas des niveaux d’études poussés. C’est encore plus difficile pour les Colombiens », explique Hasen Hamdi, président d’unité de la section locale 9599 des Métallos, soulignant qu’il y a une limite au renouvellement des permis temporaires.

« On amène des travailleurs en pagaille, l’employeur profite de leur travail et qu’est-ce qu’il leur arrive ensuite s’ils ne peuvent pas passer le test ? », s’interroge le Tunisien d’origine, évoquant la possibilité de faire passer des tests de français avant même de faire venir des travailleurs, même avec des visas temporaires.

Lui-même avait eu la chance de parler un bon français. Seulement deux ans après son arrivée comme travailleur étranger temporaire, le soudeur obtenait sa résidence permanente. Il élève maintenant à Québec ses deux enfants, dont le plus jeune de 7 ans est né ici.
Les négociations commencent sous peu dans cette usine de fabrication et de réparation de cuves pour les alumineries et l’apprentissage du français devrait se trouver bien en vue dans le cahier de demandes syndicales.

Ne rien comprendre

Certains ont plus de chance et peuvent compter sur des cours de français bien structurés dès leur arrivée. Soudeure chez Manac en Beauce, Melissa Montero, se rappelle à quel point elle était désemparée lors de ses premiers jours au Québec en 2014, incapable de commander au restaurant autrement qu’en pointant du doigt.

Avec une volonté de fer, la femme originaire du Costa Rica a mis un an pour apprendre le français, fréquentant la commission scolaire du lundi au jeudi et travaillant du vendredi au dimanche. « Chaque travailleur de Manac a été mon prof de français », illustre-t-elle. Pour son fils, cela a signifié un « recul » de deux ans dans sa scolarité au secondaire. « Quand il est arrivé à l’école, la direction s’est demandée ce qu’ils pouvaient bien faire avec ce grand gars qui ne parlait pas le français. Mais maintenant, il parle même mieux que moi et est très bien intégré. Il envisage d’aller à l’université », raconte la mère avec fierté.

À Chibougamau, les 7 travailleurs philippins arrivés en mai 2019 suivent des cours de français deux fois par semaine à la commission scolaire crie. Lorsque leurs familles pourront les rejoindre, les enfants devraient pouvoir être inscrits à la même commission scolaire où ils devraient pouvoir suivre leur formation en anglais.

On voit le président de l’unité syndicale Charl-Pol (SL 9599) à Portneuf Hasen Hamdi au centre, entouré de plusieurs de ses collègues, soit Jose Murillo (Costa Rica), Edwing Martinez (Colombie), Fabien Lahaye (France), Aurelien Adant (Belgique), Eric Joel Kayou (Cameroun), Cedric Massaux (Belgique) et Babakar Diouf (Sénégal). Photo Daniel Mallette

« Mes collègues parlent en français. Je répète et répète. C’est comme ça que j’apprends surtout », explique en anglais le machiniste chez Chantiers Chibougamau originaire des Philippines, Bob Bangate, 43 ans. Son collègue Tracy Rogel Avio, 38 ans, abonde dans le même sens : « mes collègues me parlent en français, ils me demandent si je comprends et sinon ils m’expliquent en anglais ».Ce dernier espère que sa femme et ses deux enfants de 13 et 4 ans pourront bientôt le rejoindre. « Les enfants sont tout excités, ils commencent déjà à essayer d’apprendre le français sur Internet », lâche Tracy.

Prochain article du dossier : Un défi d’adaptation

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