Apprivoiser le syndicat, s’y engager!

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Un dossier de cinq articles sur les travailleurs étrangers membres du Syndicat des Métallos par Clairandrée Cauchy. Pour lire les articles précédents: Ces travailleurs venus d’ailleurs; Enraciné à Lebel-sur-Quevillon; La barrière de la langue; Un défi d’adaptation.

En arrivant dans nos milieux de travail, les travailleurs étrangers découvrent souvent une nouvelle réalité syndicale, bien différente de ce qu’il y a dans leur pays d’origine.

« Chez nous, le syndicat, c’est croche. C’est proche du gouvernement et de la compagnie. Le syndicat ne travaille pas pour les travailleurs, j’avais un peu peur du syndicat », explique le soudeur d’origine costaricaine Marco Vinicio Ordoñez.

Mais en arrivant chez Manac, il a appris à connaître le syndicalisme d’ici et a compris que le syndicat était là dans l’intérêt des travailleurs. Lorsque le président de la section locale 9471 des Métallos, Yvon Bégin l’a approché pour s’impliquer dans l’exécutif, il a accepté de relever le défi.

« J’adore participer dans le syndicat, j’aime aider, donner de l’information, guider des personnes. Parfois, je n’ai pas le temps de manger pendant ma pause, mais ce n’est pas grave », explique Marco, qui est garde intérieur au sein de l’exécutif et souvent les yeux et les oreilles du syndicat sur le quart de soir.

Il croyait, à tort, que seuls les latinos viendraient le consulter. « Mais non, pour des problèmes en lien avec le travail, des problèmes avec le contremaître, des erreurs sur la paie, les gens ne font pas de différence », explique Marco, qui voit cependant surtout des latinos dans son rôle de délégué social.

À la fin de leur période de probation en décembre 2019, les travailleurs philippins chez Chantiers Chibougamau (SL 8644) ont participé à une session d’accueil syndical. « On nous a expliqué ce qu’est le syndicat, on nous a donné la convention collective. On a parlé du salaire, des vacances, des assurances, de ce qui arrive si on a un accident. Le syndicat, ça nous aide beaucoup quand on travaille, on ne sait pas ce qui peut arriver demain », explique Tracy Rogel, machiniste chez Chantiers Chibougamau âgé de 38 ans. On voit ici certains des travailleurs philippins avec le président de la SL 8644, Pierre Leblond.

Chez Chantiers Chibougamau, l’exécutif syndical a organisé une session d’accueil pour les 7 travailleurs philippins, une fois leur probation de 70 jours terminée en décembre 2019. « Ils ont une certaine proximité avec l’employeur, le propriétaire. Il est perçu comme le sauveur de tous. En même temps, ils ont bien apprécié la rencontre, ils sont aussi très respectueux du syndicat, ils me parlent souvent dans l’usine. Ils sont venus au party de Noël du syndicat. On a pu discuter de ce que fait le syndicat, de quels sont leurs droits, des assurances, des assurances vie, voyage… », explique le président de la section locale 8644 chez Chantiers Chibougamau, Pierre Leblond.

Le président d’unité chez Technosub en Abitibi (SL 9291 des Métallos), où on retrouve 6 Philippins depuis un peu plus d’un an et 2 Mexicains depuis environ 8 mois, Simon Mathieu, constate que la perception à l’égard du syndicat a changé depuis les premiers mois. « Au début, ils avaient l’impression que le syndicat, ça sert juste à fermer la shop. Maintenant ils comprennent mieux, ça s’est calmé et ils vivent bien avec le syndicat… Mais ils ne s’impliquent pas », relate l’officier syndical, laissant tomber du même souffle qu’il est quand même rare que des travailleurs ayant moins de 2-3 ans d’expérience s’impliquent syndicalement, toutes origines confondues.

Une fois passés les premiers mois et les ajustements entre les réalités syndicales diverses, l’engagement syndical a probablement bien peu à voir avec l’origine. « On pense souvent que les travailleurs étrangers sont moins combatifs. C’est pas vrai pantoute, ils sont très combatifs », constate le représentant syndical Benoît Boulet, qui a vu évoluer plusieurs travailleurs étrangers latinos en Beauce au cours des dernières années.

Président d’unité à la mine Nyrstar, Anis Mbaya a fait le saut à l’exécutif en 2018, après avoir été délégué pendant un an, à la suite des appels de ses collègues: « Y’avait aussi bien des gars qui viennent de Tremblant, du Lac-Saint-Jean, de Chibougamau, de Val-d’Or et de la Tunisie qui m’ont encouragé à me présenter, non pas parce que je suis Tunisien, mais parce que je suis le gars le plus chiâleux. »

Le scénario est semblable pour Hasen Hamdi, également d’origine tunisienne et président d’unité  chez Charl-Pol à Portneuf depuis l’an dernier. « Les travailleurs m’ont choisi comme président. Je suis sérieux dans mon travail », explique Hasen, visiblement très fier de son rôle syndical. Les travailleurs de cette usine sous-traitante pour les alumineries proviennent en majorité d’origines diverses. « Ici, c’est les Nations unies », illustre-t-il, en citant quelques pays d’origine comme la Tunisie, la Colombie, la France, la Belgique et certains pays d’Afrique. Tous n’ont cependant pas passé par la filière du Programme de travailleurs étrangers temporaires comme lui, qui a obtenu sa résidence permanente en 2013, deux ans après avoir fait le saut au Québec.

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