Opinion: Le temps presse Monsieur Legault!

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Une lettre de Jean Chartrand , président de la section locale 106 du syndicat des Teamsters à propos des CHSLD et des résidences privées.

Crédit photo: Dieter Hawlan

On a vu récemment que le leadership de la ministre Marguerite Blais était contesté par les oppositions à Québec et par plusieurs autres parties prenantes auprès des aînés.

Quatre mois après une seule rencontre téléphonique tenue entre des représentants syndicaux et les ministres du Travail et responsable des Aînés et des Proches aidants, nous attendons toujours des décisions de la part du gouvernement Legault en ce qui concerne l’amélioration des conditions des travailleurs et travailleuses dans le réseau privé d’hébergement pour aînés.

Après analyse, nous en sommes venus à la conclusion que le cafouillage observé dans la gestion de la pandémie chez nos aînés au Québec aurait pu être plus limité si les gouvernements de Philippe Couillard et de François Legault avaient porté attention aux inquiétudes exprimées par les syndicats.

Par exemple, à compter de 2017, le syndicat des Teamsters a rencontré des représentants du gouvernement et des oppositions, donné des entrevues et publié des lettres d’opinion sonnant l’alarme en ce qui a trait aux conditions nettement inférieures des salariés du privé. Nous avons alors expliqué que ces conditions insuffisantes dévalorisaient le métier, provoquaient un roulement de personnel élevé et une rareté de la main-d’œuvre qui, finalement, étaient néfastes pour nos aînés.

Ne sachant pas à l’époque qu’une pandémie allait mettre en danger la vie de millions de gens aux quatre coins du monde, notamment nos personnes âgées au Québec, nous avons alors dit aux membres des ces gouvernements que sans un sérieux coup de barre, le bien-être des aînés et des gens qui en prennent soin allait être de plus en plus difficile à assurer.

Nous avions donc vu juste sans savoir ce que l’avenir nous réservait.

Jetons maintenant un coup d’œil à la situation dans le secteur privé d’hébergement pour aînés :

– environ 25 % des CHSLD québécois sont privés puisque, selon la dernière recension, il existe 59 CHSLD privés conventionnés et 40 CHSLD privés non conventionnés sur 412 établissements au total. Le réseau québécois ne se résume donc pas qu’au secteur public ;

– bien que les préposés aux bénéficiaires du privé gagnent en ce moment temporairement le même salaire que ceux qui travaillent dans le public, leur rémunération est, en temps normal, jusqu’à 8 $/h de moins que ceux du public ;

– les autres corps de métier qui sont nécessaires au bon fonctionnement des établissements privés (préposés à l’entretien, cuisiniers, réceptionnistes, etc.) gagnent généralement à peine plus que le salaire minimum. Malheureusement, leur sort est souvent passé sous silence dans les discussions sur la place publique ;

– de nombreuses études démontrent que le temps que passe un membre du personnel avec un aîné a un impact immédiat et mesurable sur sa qualité de vie. Le manque de travailleurs, l’organisation du travail et l’autonomie réduite des salariés ne leur permettent pas d’assurer, comme il se doit, le bien-être des personnes âgées ;

– nous avons échappé de justesse à une hécatombe dans certaines résidences privées qui n’ont pas pu ou su gérer la crise correctement. Il s’agit d’un danger potentiel qui risque de revenir nous hanter tôt ou tard.

Une deuxième vague de la pandémie semble faire consensus et inquiète les spécialistes en santé publique et le public. D’ici à ce que nous y fassions face, les excuses et les stratagèmes de contournement des politiciens et autres décideurs ne seront plus tolérés.

Par conséquent, les citoyens québécois réclament une vision et du leadership de la part de leur gouvernement. Bref, nous n’en sommes plus aux discussions sans fin, aux études approfondies et aux autres moyens de gagner du temps jusqu’aux prochaines élections comme les Maisons des aînés.

Le gouvernement Legault doit donc mettre en place sans tarder un décret qui fera en sorte que les conditions des travailleurs du privé rattraperont enfin celles du public. C’est le seul moyen de freiner le roulement de personnel et la dévalorisation de ces métiers dans le secteur privé. En fin de compte, un secteur d’activité plus attrayant ferait en sorte qu’il y aurait suffisamment de personnel pour assurer des soins de qualité aux aînés.

Le temps presse, M. Legault. Il est temps d’agir.

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