Travailler à temps plein et avoir faim

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Crédit: Andranik Hakobyan

De plus en plus de travailleurs et de travailleuses font appel aux banques alimentaires, car leur salaire ne leur permet plus de joindre les deux bouts, comme le rapportait l’article de Stéphanie Bérubé publié jeudi dernier dans La Presse+. Cette situation est choquante puisque personne ne devrait avoir de la difficulté à se nourrir dans une société riche comme le Québec. Parmi les nombreuses statistiques troublantes, le Bilan-Faim note une hausse de 20 % des recours aux banques alimentaires par rapport à l’an dernier. Cela représente en moyenne 2,2 millions de demandes d’aide alimentaire par mois, un chiffre scandaleux!

Depuis plusieurs années, nos organisations sonnent l’alarme. Le problème n’est donc pas nouveau, mais il prend désormais des proportions inquiétantes dans le sillage d’une inflation galopante. Tout coûte plus cher : le logement, le transport et les aliments. Et les salaires ne suivent pas. Les personnes moins nanties subissent de plein fouet les contrecoups de l’augmentation du coût de la vie. La situation est dramatique et urgente.

Ça prend plus qu’un chèque!

Pour faire face à l’inflation, le gouvernement québécois a choisi d’envoyer un chèque à la quasi-totalité des Québécoises et des Québécois, même à celles et à ceux qui n’en avaient pas besoin. Les personnes qui gagnent 80 000 $ vont recevoir 400 $ et celles qui gagnent 25 000 $ par année vont recevoir 600 $. Bien que cette mesure semble populaire, elle n’est pas structurante. Une fois l’argent dépensé, le problème reste entier. Le constat est navrant : transmettre un chèque demande beaucoup moins d’efforts que d’élaborer un véritable plan de lutte contre la pauvreté. Nos organisations auraient préféré une aide ciblée et plus généreuse afin que toutes les Québécoises et tous les Québécois puissent satisfaire leurs besoins de base.

Le gouvernement dispose pourtant de plusieurs outils pour mieux soutenir les Québécoises et les Québécois et s’attaquer aux véritables causes de l’inflation. Alors, pourquoi ne pas les utiliser? Augmenter les salaires, en commençant par le salaire minimum, permettrait de mieux faire face à l’augmentation du coût de la vie. On entend déjà les chefs d’entreprises déchirer leur chemise alors que plusieurs d’entre elles ont enregistré des profits excessifs qui alimentent l’inflation. La plupart des analyses sérieuses le démontrent : les salaires ne sont pas l’une des causes de la récente augmentation du coût de la vie. Pour nos organisations, un salaire minimum à 18 $ l’heure serait beaucoup mieux qu’un chèque ponctuel.

D’autres mesures visant à mieux contrôler les prix pourraient être mises en œuvre. Le logement occupe une grande place du budget des personnes à faible revenu. Bien que le gouvernement ait reconnu du bout des lèvres qu’il existe une crise du logement, aucun plan pour freiner la hausse du coût des loyers ou pour concrètement accélérer la construction de logement sociaux ne se met en place. Plusieurs de nos organisations proposent la mise sur pied d’un régime public et universel d’assurance médicaments afin de faire baisser les coûts qui ne cessent d’augmenter. Ce ne sont pas les idées qui manquent pour soulager le portefeuille des Québécoises et des Québécois. Alors, qu’attend le gouvernent pour régler le problème?

Signataires :

  • Coalition minimum 18$
  • Denis Bolduc, secrétaire général, Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ)
  • Caroline Senneville, présidente, Confédération des syndicats nationaux (CSN)
  • Éric Gingras, président, Centrale des syndicats du Québec (CSQ)
  • Luc Vachon, président, Centrale des syndicats démocratiques (CSD)
  • Lydia Martel, présidente par intérim, Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ)
  • Christian Daigle, président général, Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec (SFPQ)
  • Vincent Chevarie, porte-parole, Au bas de l’échelle et Front de défense des non syndiquéEs (FDNS)
  • Virginie Larivière, porte-parole, Collectif pour un Québec sans pauvreté
  • Robert Comeau, président de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS)
  • Eric Shragge, président du conseil d’administration, Centre des travailleurs et travailleuses immigrants

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