Reconnaître la contribution des travailleuses et travailleurs du recyclage, une photo à la fois

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Par Alexandra Fortin, chargée de projets d’éducation au Centre international de solidarité ouvrière (CISO)

Pepenadores
Crédit photo: Benoit Taillefer

Depuis son adolescence, Gloria gagne péniblement sa vie en fouillant dans le dépotoir de Dolores Hidalgo, au Mexique, pour y récupérer des matières recyclables qu’elle revend ensuite à un intermé­diaire. À quelques milliers de kilomètres de là, au centre-ville de Montréal, Jean-Louis supplémente sa maigre pension de vieil­lesse, insuffisante pour une retraite digne, en arpentant parcs, trottoirs et ruelles à la recherche de contenants consignés.*

Ils sont des millions à travers le monde à effectuer ce travail très dur, parfois dangereux et largement invisible. Appelés binners dans l’Ouest canadien, pepenadores au Mexique, catadores au Brésil ou valo­ristes au Québec, ils sont le visage d’une même réa­lité ; celle du capitalisme, une économie basée sur la surconsommation, la pro­duction de montagnes de déchets, la destruction de l’environnement et la préca­risation socio-économique de secteurs importants de la population mondiale.

En 2019, le Québec pro­duisait environ 724 kilos de déchets par habitant.e, soit une des quantités les plus élevées au monde. Par année, près de 652 millions de contenants consignés s’y retrouvent aussi dans les ordures et ne seront donc jamais. Les sites d’enfouissement sanitaire saturent à vitesse grand V alors que les centres qui trient nos bacs de recyclage doivent envoyer une partie des matières à l’enfouisse­ment ou à l’incinération, ou produisent des ballots de matières souvent contami­nés, ensuite revendus à des compagnies de traitement ou exportés vers des pays du Sud global dans le cadre d’un marché mondial très lucratif.

En détournant des tonnes de déchets des sites d’enfouissement, les valo­ristes et les pepenadores rendent un immense ser­vice à la collectivité. Alors qu’il est plus que jamais question de transition éco­logique juste, ils et elles méritent notre reconnais­sance et leurs organisa­tions collectives, comme la Coopérative Les Valoristes de Montréal ou l’Unión de Trabajadores de Desechos Sólidos Industrializables « Lázaro Cárdenas del Rio » du Mexique, notre appui et notre solidarité.

À l’occasion d’un stage organisé par le CISO au Mexique début 2020, Benoit Taillefer, militant syndical et photographe de grand talent, a été frappé par la situation de ces tra­vailleuses et travailleurs du recyclage informel. L’exposition photo qui en résulte pose un regard croisé sur des réalités bien présentes au Mexique et au Québec, et rend hommage à ce travail de l’ombre et à des personnes trop souvent dis­criminées et marginalisées, dont l’apport est pourtant crucial pour la préservation de l’environnement.

L’exposition, co-orga­nisée par la Coopérative Les Valoristes, le Conseil central Montréal métro­politain-CSN, le Centre international de solida­rité ouvrière (CISO) et ses membres et réalisée avec l’appui du ministère des Relations internationales et de la Francophonie du Québec, fera dans sa ver­sion itinérante une tour­née de divers événements syndicaux à compter de décembre 2022. Elle sera aussi présentée au grand public, en collaboration avec la Ville de Montréal, dans le cadre d’une installation extérieure en voie d’aména­gement au nord de la place Émilie-Gamelin (date du lancement à confirmer).

N’hésitez pas à consul­ter l’équipe du CISO si vous souhaitez présenter l’exposition lors de vos évé­nements syndicaux et ses diverses plateformes de communication (site, bul­letin web, page Facebook) pour avoir plus d’informa­tions !

*Les prénoms changés pour préserver l’anonymat de ces deux personnes.

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