Réaction à la conférence de presse de l’Association canadienne des producteurs pétroliers à la COP26

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COP26 à Glasgow
COP26 – 4 novembre 2021 – Crédit: Sami Dellah

Glasgow, mardi 9 novembre 2021 – Lors de la conférence de presse en marge de la COP26 d’aujourd’hui, l’Association canadienne des producteurs pétroliers (ACPP) a envoyé un message risible qui ne relève ni de la science ni de la logique – à savoir que l’action climatique nécessite davantage de pétrole et de gaz canadien, alors même que le pétrole canadien se classe en deuxième place des émissions de carbone les plus importantes au monde. Il ne tient pas compte non plus du fait que les projets d’infrastructure liés aux combustibles fossiles ont infligé de graves préjudices aux communautés locales et violé les droits des peuples autochtones, qui sont en première ligne de la crise climatique.

Cela va précisément à l’encontre des recherches menées par l’Agence internationale de l’énergie, selon lesquelles limiter le réchauffement à 1,5°C nécessite des réductions importantes de toute la production de combustibles fossiles, y compris le pétrole et le gaz.

Jusqu’à présent, à la COP, le lobby du pétrole et du gaz a réussi à maintenir l’élimination progressive des combustibles fossiles en marge des négociations de l’ONU, même si de nombreuses annonces et événements ont mis l’accent sur les combustibles fossiles comme étant la cause même du problème. Nous demandons donc à Steven Guilbeault, ministre de l’Environnement et du Changement climatique, et plus généralement au gouvernement canadien, de se concentrer sur l’élimination progressive des combustibles fossiles et de faire pression pour que le texte de la COP26 prévoit une transition équitable pour les travailleurs et les communautés.

Des lobbyistes en grand nombre

Les lobbyistes des grandes entreprises pétrolières du Canada et du monde entier sont présents en grand nombre à la COP26, faisant miroiter l’idée pour le moins ridicule que l’augmentation de la production de pétrole et de gaz est une solution pour affronter la crise climatique. Cette présence imposante est assez mal perçue considérant l’accès limité et difficile des pays du Sud à cette conférence des Nations Unies. À cet effet, comme l’a démontré l’ONG Global Witness, si le lobby pétrolier et gazier était un pays, il aurait la plus grande délégation à cette COP.

Il est important de souligner que plutôt que d’ouvrir un dialogue social avec les membres de la société civile et les organisations de travailleur.euse.s dans un effort commun pour promouvoir l’idée d’une transition juste, l’ACPP préfère ignorer complètement toutes les questions climatiques actuelles et futures.

Une pétition récente de Canada’s Energy Citizens, un groupe organisé et financé par l’ACPP, visant à contrer la transition juste, ne mentionne pas une seule fois les travailleur.euse.s, ce qui illustre clairement que la priorité de l’ACPP est les dirigeants du secteur pétrolier et du gaz, et non les travailleur.euse.s ou les communautés qui ont un besoin urgent d’une voie vers de nouveaux emplois alors que le monde s’éloigne des combustibles à forte teneur en carbone.

CITATIONS:

  • « Pendant qu’une large proportion de pays, d’organisations et d’individus se bat pour changer les choses et conserver une planète habitable et sécuritaire, l’industrie fossile canadienne se bat plutôt pour conserver le statu-quo ou pour se négocier des échappatoires technologiques afin de continuer à produire gaz et pétrole. Elle ne doit pas et ne plus jamais dicter l’agenda des négociations climatiques », selon Émile Boisseau-Bouvier, analyste des politiques climatiques chez Équiterre.
  • « La présence du lobby pétrolier à cette COP est d’une arrogance inouïe. C’est insultant de les voir essayer de vendre leur pétrole comme une solution à la crise climatique. Non seulement c’est honteux, cette présence s’inscrit en complète opposition de l’objectif même de cette COP de prévenir l’élévation des températures 1,5 degré. À la FTQ, on aimerait plutôt les voir à la table de discussion avec les travailleurs et les travailleuses pour déterminer le plan de sortie de cette industrie et assurer une transition qui soit juste pour ceux et celles qui y travaillent », déclare Denis Bolduc, Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ).
  • « La science est sans équivoque : assurer une planète viable passe par une transition hors des énergies fossiles. Demain, le Costa Rica et le Danemark établiront une nouvelle norme en matière de leadership climatique en lançant une alliance qui met fin à la production de fossiles. Pourtant, les lobbyistes fossiles canadiens tentent encore une fois de promouvoir des idées grotesques qui positionnent le pétrole et le gaz comme des solutions à la crise climatique. Après un été d’impacts dévastateurs à travers le monde, y compris au Canada, où une communauté au complet a brûlé, il faut nommer un chat un chat : c’est dangereux, irresponsable et clairement contraire à l’intérêt des gens, » affirme Caroline Brouillette, Directrice des politiques nationales au Réseau action climat Canada.
  • « Le lobby pétrolier canadien a été le plus grand obstacle à l’action climatique au Canada, réussissant à retarder, affaiblir ou tuer les politiques climatiques au Canada. Une récente analyse montre à cet effet que les plans climatiques des grandes compagnies pétrolières et gazières au Canada sont si faibles et si vagues que ces compagnies ne devraient pas être considérées comme des partenaires dignes de confiance dans la lutte contre le changement climatique », selon Dale Marshall, Responsable du programme fédéral sur le climat, Environmental Defence Canada.