Nos ancêtres syndicaux aux origines du progrès

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Collaboration spéciale d’André Leclerc, conseiller de la FTQ à la retraite

On présume trop souvent que le Québec moderne est né de la Révolution tranquille à partir de 1960. Dans son livre Aux origines de la social-démocratie québécoise, l’historien Jacques Rouillard rappelle que, chez nous comme ailleurs, les salariés ont eu les mêmes réflexes que dans les autres pays devant la montée du capitalisme sauvage du 19e siècle : ils se sont regroupés en syndicats et ont revendiqué non seulement des conditions de travail plus humaines, mais aussi une société plus juste et plus démocratique.

Si les premiers syndicats québécois et canadiens ont parfois eu une espérance de vie écourtée, c’est l’arrivée au Canada des syndicats internationaux, dans la deuxième moitié du 19e siècle, qui leur a donné un essor durable.

Ces syndicats ont eu très tôt le réflexe de se regrouper pour formuler des revendications politiques. Ils l’ont fait dès 1886 au sein du Conseil central des métiers et du travail de Montréal, puis ensuite du Conseil fédéré des métiers et du travail en 1897 et du Conseil des métiers et du travail de Montréal en 1903, les ancêtres du Conseil régional FTQ Montréal métropolitain.

Un projet de société

Déjà, en 1886, le Conseil adoptait une déclaration de principe qui formulait 17 revendications au gouvernement du Québec. Visant à « élever la condition morale, sociale et intellectuelle de tous les travailleurs », elle réclame des réformes concernant l’éducation, le système judiciaire, le travail, la santé publique et les droits politiques. Cette philosophie sera précisée et développée au gré des événements et conjonctures sociales, économiques et politiques.

Ainsi, outre l’amélioration des législations du travail, le Conseil revendiquera entre autres le suffrage universel, le droit de vote et le salaire égal des femmes, l’abolition du travail des enfants, l’éducation obligatoire et gratuite, la nationalisation des services publics, la compensation des accidentés du travail, l’assurance chômage, la sécurité de la vieillesse, l’assurance maladie, des logements salubres et abordables notamment.

En l’absence d’une instance provinciale (la Fédération provinciale du travail du Québec ne sera créée qu’en 1937), le Conseil des métiers et du travail de Montréal (CMTM) débordera de son rôle local, adressant ses revendications non seulement au pouvoir municipal, mais aussi à Québec et à Ottawa.

Première révolution tranquille

Un premier grand déblocage politique aura lieu après l’arrivée du libéral Adélard Godbout, qui défait Maurice Duplessis en 1939. Godbout avait intégré au programme de son parti plusieurs des revendications traditionnelles des syndicats. Ces positions étaient défendues par l’Action démocratique, mise sur pied par les syndicats et présidée par Raoul Trépanier, le président du CMTM.

Ainsi, pendant ce mandat libéral, on verra reconnu le droit de vote des femmes, l’éducation gratuite et obligatoire, le début de la nationalisation de l’électricité, l’acceptation des pensions de vieillesse et de l’assurance chômage fédérales, l’adoption d’un premier code du travail québécois.

Cette première Révolution tranquille, on la doit en bonne partie aux syndicats regroupés dans le CMTM, « aux origines de la social-démocratie québécoise ». Plus tard, toutes les réformes sociales seront des réponses aux revendications formulées il y a plus de cent ans par nos ancêtres syndicaux.