La FTQ revoit sa revendication sur le salaire minimum

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Photo Eric Demers

Lancée en mai 2016, la campagne Minimum 15 $ a joué un rôle déterminant pour améliorer les conditions de vie des travailleurs et des travailleuses. Sans la mobilisation de la FTQ, de ses syndicats affiliés et des autres forces progressistes, les hausses du salaire minimum auraient été moins élevées. Il reste toutefois beaucoup de chemin à parcourir dans cette lutte. « Plus de cinq ans après le lancement de notre campagne, on constate que 15$ l’heure ne permet plus de vivre décemment. Il faut viser plus haut », affirme le président de la FTQ Daniel Boyer.

Au 32e Congrès de la FTQ (2019), une résolution a été adoptée demandant à la centrale de revoir sa revendication sur le salaire minimum à l’aide d’études et en collaboration avec d’autres organisations. La campagne Minimum 15 $ s’inscrivait d’abord dans le contexte américain du Fight for 15. Elle ne reposait pas sur une méthodologie précise. Pour répondre à la résolution de Congrès, il a donc fallu réfléchir aux façons d’établir la revendication sur le salaire minimum, laquelle a été guidée par les positions déjà adoptées par la centrale.

Un salaire minimum indexé

Première exigence, le salaire minimum doit améliorer le pouvoir d’achat des bas salariés et contribuer à lutter contre les inégalités. L’indexation du 15 $ à l’indice des prix à la consommation est à rejeter, car elle ne permet pas aux travailleuses et aux travailleurs au bas de l’échelle de profiter pleinement de la croissance économique. Ainsi indexée, la revendication du salaire minimum aurait été d’un peu plus de 16 $ l’heure en 2021.

Deuxième exigence, le salaire minimum doit permettre à une personne qui travaille à temps plein de se sortir de la pauvreté. Pour ce qui est du travail à temps plein, la FTQ revendique traditionnellement une semaine de travail à 35 heures. De plus, comme les personnes seules doivent supporter un fardeau financier plus élevé et vivent plus dans la précarité, il faut tenir compte de leur réalité avant tout. 

Un salaire minimum qui permet de sortir de la pauvreté

Malheureusement, il n’existe pas de chiffre magique ou d’indicateur tout désigné qui permettrait d’établir une sortie de pauvreté avec une certitude absolue. Malgré cette difficulté, la FTQ a opté pour la mesure de faible revenu à 60 % (MFR-60) pour guider sa prise de décision. Grosso modo, la MFR-60 indique qu’une personne est à faible revenu lorsqu’elle gagne moins de 60 % du revenu médian. Il ne s’agit pas d’un indicateur officiel de sortie de pauvreté. 

S’appuyant sur cet indicateur et en interprétant les données de manière prudente pour une personne seule travaillant 35 heures par semaine, le salaire minimum aurait dû correspondre à un peu plus de 18 $ l’heure en 2021. En arrondissant à la baisse, la revendication sur le salaire minimum s’établira donc à 18 $ l’heure pour l’année prochaine. Contrairement à Minimum 15 $, la revendication sera mise à jour chaque année. En parallèle à ces démarches, la FTQ a réalisé une dizaine d’entrevues avec des travailleuses qui gagnent moins de 15 $ l’heure afin de mieux connaître leurs conditions de travail et de vie. Ces discussions ont permis de confirmer que le salaire minimum est insuffisant et aussi qu’il faut aller au-delà de 15 $ l’heure pour vivre décemment.

18 $ l’heure, le minimum viable

«Ce qui est important, c’est de pouvoir affirmer avec suffisamment de certitude que notre revendication permet à une personne seule qui travaille à temps plein de se sortir de la pauvreté. Avec 18 $ l’heure, on est assez sûrs que c’est le cas », précise Daniel Boyer. Dans sa dernière étude sur le sujet, l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS) a établi que, pour 2021, le revenu d’une personne seule gagnant 18 $ l’heure et travaillant 35 heures par semaine correspond à 95 % du revenu viable. Cet indicateur produit par l’IRIS permet d’évaluer le revenu nécessaire pour un niveau de vie digne et sans pauvreté.

Au-delà des débats de chiffres, un constat demeure : le salaire minimum actuel est beaucoup trop bas. Toutes les organisations engagées dans cette lutte devront travailler ensemble pour que le salaire minimum soit suffisant pour se sortir de la pauvreté.

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