COVID-19 et handicap : des angles morts importants!

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Dans le cadre de la Semaine des personnes vivant avec un handicap, le Monde Ouvrier publie des témoignages de membres impliqués syndicalement dans le dossier.

Par : Myriam Zaidi, conseillère au service de l’éducation de la FTQ et coordonnatrice du comité FTQ pour l’intégration des personnes vivant avec un handicap

Depuis maintenant plus deux mois, nous traversons une crise sanitaire sans précédent, qui requiert que plusieurs mesures soient mises en place afin d’atténuer ses effets. À la FTQ, nous suivons de près la gestion de la crise et nous nous assurons que les travailleurs et travailleuses du Québec, et tous les membres de la société québécoise ne se retrouvent pas désavantagés face à cette crise. Dans ce billet, nous nous attarderons plus particulièrement aux personnes en situation de handicap, qui vivent des répercussions particulières de cette crise.

Il y a un an, le gouvernement du Québec lançait sa tant attendue Stratégie nationale pour l’intégration et le maintien en emploi des personnes handicapées. Malgré certaines lacunes que nous avons décrites dans notre avis à ce sujet, cette stratégie visait à sensibiliser les entreprises à l’inclusion des personnes en situation de handicap dans les milieux de travail. La stratégie décrivait le contexte qui, selon le gouvernement, était plus favorable à l’embauche des personnes en situation de handicap : un contexte de rareté de main-d’œuvre.

Myriam Zaidi, FTQ

Or, tel que nous l’avions souligné dans notre avis, les mesures et politiques qui viseraient l’inclusion des personnes en situation de handicap dans les milieux de travail ne devraient pas dépendre du contexte de l’emploi. Les personnes en situation de handicap ont un des taux de chômage les plus élevé au Québec, et ce, même si plusieurs veulent travailler ! Cette discrimination à l’emploi mérite d’être un enjeu de premier plan en tout temps.

Maintenant que nous sommes dans un contexte d’emploi différent, où le taux de chômage a explosé, cette préoccupation apportée il y a un an est d’autant plus pertinente. Qu’en sera-t-il de l’intégration et le maintien en emploi des personnes en situation de handicap dans ce nouveau contexte ? Les efforts entamés par les entreprises seront-ils mis de côté ? Le gouvernement mettra-t-il toujours en place sa campagne de sensibilisation pour les employeurs ? Les syndicats seront-ils invités à la table pour assurer une meilleure inclusion et la défense des travailleurs et travailleuses en situation de handicap ?

Certes, comme nous l’avons mentionné dans notre avis, l’inclusion des personnes vivant avec un handicap dans les milieux de travail demande parfois des accommodements du milieu. Alors que nous réimaginons l’organisation du travail dans nos services publics et entreprises en réponse à la pandémie, ne serait-ce pas là une occasion de tailler une place pour les personnes qui vivent un handicap ? D’autant plus que plusieurs demandes d’accommodement dans le passé concernaient le télétravail. Nous avons là un bel exemple de la capacité des entreprises de s’adapter !

La relance économique du Québec ne peut se faire au détriment des personnes les plus précaires face à l’emploi. Elle doit inclure des mesures qui tiendront compte des personnes vivant avec un handicap, que ce soit pour leur intégration au travail, l’accès aux services périphériques (le transport adapté, notamment), ou pour la sensibilisation des milieux de travail afin de lutter contre les préjugés. Cette crise a exacerbé plusieurs problématiques déjà existantes, et si la relance peut donner un espoir, en cette Semaine québécoise des personnes en situation de handicap, nous souhaitons que les personnes en situation de handicap ne se trouvent pas dans un angle mort.