COP 26 – Au jour le jour, 7 novembre 2021

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Crédit : Sami Dellah

Une journée de stratégie syndicale

Tous les jours, dès 9h, les organisations syndicales présentes à la COP26 tiennent une rencontre ayant comme objectif d’échanger les informations entre les personnes qui ont accès aux espaces clos de négociations et celles qui sont à l’extérieur de ces forums. L’objectif : marteler un message syndical commun dans toutes les instances.

Aujourd’hui, c’est l’entièreté de la journée qui a été consacrée à l’échange syndical. Des panels, tables rondes et ateliers ont eu lieu entre la cinquantaine de syndicalistes présents. La journée s’est ouverte par un panel animé par Sharan Burrow, secrétaire générale de la Confédération syndicale internationale (CSI). Devant elle, différents acteurs et actrices du monde syndical et environnemental. Les échanges avaient pour but d’identifier les priorités pour l’atteinte de la carboneutralité rapidement tout en maintenant des emplois de qualité.

Pour Tasneem Essop, directrice du Réseau Action climat international, il faut continuer à construire des alliances avec différents groupes de la société civile et ainsi augmenter le pouvoir de la classe ouvrière. Ce n’est que de cette manière qu’il sera possible de reconstruire l’économie actuelle en une économie plus inclusive et verte. Du côté de la représentante des groupes de femmes, Kavita Naidu, du réseau Women and Gender constituency, il est impossible de planifier la transition sans porter une attention particulière à la situation des femmes, spécialement celles des pays du Sud. La contribution économique de ces dernières n’est pas reconnue puisqu’elles se retrouvent trop souvent dans des économies informelles, notamment en occupant des emplois aux conditions difficiles entre autres dans l’entretien et le soin des personnes. Elles sont déjà victimes de la crise climatique et elles seront lourdement affectées par une restructuration de l’économie. C’est pour cette raison que, selon Mme Naidu, il faudra leur accorder une attention particulière pour qu’elles arrêtent de payer les frais des crises et qu’elles occupent finalement des emplois décents. Par ailleurs, pour les panellistes, il n’y avait aucun doute à l’effet que les groupes les plus affectés étaient les mêmes populations vulnérables au Sud comme au Nord : les femmes, la classe ouvrière, les personnes racisées et autochtones et les personnes vivant avec un handicap.

La dette des pays du Sud a également fait l’objet de discussion lors du panel. Pour les personnes présentes, ces pays paient cette dette depuis déjà bien longtemps. D’abord, par l’exploitation de leurs travailleurs et travailleuses qui répondent à la demande effrénée de consommation mondiale. Ensuite, par l’exploitation et le pillage de leurs territoires et ressources. Il est temps de penser à un réel mécanisme de redistribution de la richesse et éliminer la dette du Sud pour que les pays puissent survivre et affronter la crise climatique.

Travailleurs et travailleuses à TOUTES les tables!

Paul Nowak, secrétaire général de la CSI Royaume-Uni, a en rappelé aux syndicalistes présents que c’est à eux que revenait le crédit du concept de transition juste qui était maintenant sur toutes les lèvres. Pour lui, il est impossible d’arriver à de tel résultat et surtout à une transition juste avec un mouvement faible. Il faut un mouvement syndical fort présent à toutes les tables de négociations, autant dans les milieux de travail qu’aux tables de négociations de traités internationaux. Il faut également commencer à faire de l’environnement un sujet transversal dans toutes les discussions syndicales. Pour Stephen Cotton, secrétaire général de l’International Transport Workers’ Federation, il est nécessaire de créer des relations avec les dirigeants de tous les paliers gouvernementaux pour assurer des plans de transition cohérents, inclusifs et justes.

En accord avec son confrère, Kemal Ozkan d’IndustriALL Global, a ajouté qu’il était également essentiel de travailler sur de nouvelles politiques industrielles qui considèrent les particularités de tous les secteurs concernés par la crise climatique. Il faut aussi repenser la formation des travailleurs et travailleuses, mais pour cela, il faut que le mouvement syndical se retrouve aux tables où seront discutées ces politiques.

Finalement, tous les panellistes s’entendaient à dire qu’une des priorités du mouvement syndical était sans aucun doute l’exigence d’une reddition de compte annuelle des décideurs, contrairement aux 5 ans comme prévu actuellement.

Dans l’après-midi, la délégation de la FTQ a participé à plusieurs ateliers et en a animé, entre autres sur les enjeux des contributions déterminées au niveau national (CDN), sur la transition juste dans l’industrie du transport et sur les enjeux syndicaux face à la crise climatique.

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Qu’est-ce que la transition juste?

Une transition juste signifie de mobiliser les milieux de travail vers la décarbonation, maintenir les emplois, améliorer les conditions de travail et accompagner avec une protection sociale POUR ET AVEC ceux et celles qui perdraient leur emploi. La transition juste repose sur le dialogue social et vise à entamer une réflexion sur notre système économique pour une société plus juste et plus inclusive.

Qu’est-ce que les Contributions déterminées au niveau national (CDN) ou NDC en anglais?

Les Contributions déterminées au niveau national (CDN) se trouvent au cœur de l’Accord de Paris et de la réalisation de ces objectifs de long terme. Les CDN incarnent les efforts déployés par chaque pays pour réduire ses émissions nationales et s’adapter aux effets du changement climatique. L’Accord de Paris (article 4, paragraphe 2) exige que chaque Partie établisse, communique et actualise les contributions déterminées au niveau national successives qu’elle prévoit de réaliser. Les Parties doivent également prendre des mesures internes pour l’atténuation en vue de réaliser les objectifs de ces contributions.

Source : Site de l’ONU, https://unfccc.int/

La délégation de la FTQ à Glasgow est composée du secrétaire général de la FTQ, Denis Bolduc, ainsi que plusieurs membres des syndicats affiliés de la FTQ, dont le Syndicat des employées et employés professionnels-les et de bureau (SEPB), le Syndicat des Métallos et le Syndicat des travailleurs et travailleuses unis de l’alimentation et du commerce (TUAC).