Changements climatiques: l’inaction coûte très cher

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Nicolas Viens, chercheur associé à l’IRIS

Alors que les effets des changements climatiques continuent de s’intensifier à travers le monde, différents pays s’activent afin de s’y adapter. C’est une bonne nouvelle : on prend de plus en plus au sérieux les cibles de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES). Au Canada, malgré les protestations de quelques provinces, le gouvernement fédéral a instauré l’an dernier une taxe sur le carbone sur l’ensemble du pays.

Est-ce nécessaire ? Est-ce suffisant ? Quels seront les impacts sur l’économie et les emplois ?

À l’ère des changements climatiques, chaque tonne de GES émise amène des conséquences environnementales telles que des inondations, des feux de forêt ou encore la pollution de l’eau et de l’air. Ces catastrophes causent des dommages sous forme de dégâts matériels ou de problèmes de santé. Or, si les pollueurs eux-mêmes ne paient pas pour ces dommages, c’est la société en entier qui se retrouve à payer la note. C’est ce qu’on appelle le « coût social du carbone» (CSC).

C’est notamment pour mieux répartir des coûts des dommages environnementaux que la taxe sur le carbone a été mise en place. Évidemment, la taxe vise aussi à modifier les comportements et à dissuader peu à peu la production qui cause ces dommages.

Polluer maintenant, payer plus tard?

Négliger la crise du climat à court terme amènera des conséquences nettement plus graves à moyen et long termes. Environnement et Changement climatique Canada calcule actuellement un CSC d’environ 45 $ pour chaque tonne de GES produite. D’ici 2050, ce coût devrait atteindre plus de 80 $ la tonne.

Or, le Canada a produit 730 millions de tonnes de GES en 2018. À 45 $ par tonne, ces émissions coûteraient donc à la société près de 33 milliards de dollars par année, ce qui équivaut au tiers du budget du Québec. Ces sommes astronomiques que l’on consacre à réparer des dégâts causés par nos propres actions vont donc augmenter considérablement d’année en année.

Pire, d’autres études estiment que le CSC se trouve déjà à plus de 100 $, voire 200 $ par tonne ! Du point de vue économique, les changements climatiques ont déjà de fortes répercussions.

Il est révélateur de lire ce que le domaine de l’assurance écrit sur les changements climatiques. Depuis quelques années, les assureurs rapportent une hausse énorme du nombre de foyers considérés à risque. De plus, ils observent une augmentation substantielle du nombre de sinistres déclarés ainsi que du coût moyen par sinistre. En d’autres mots, il y a maintenant bien plus de catastrophes qui affectent plus de gens et qui coûtent plus cher à tout le monde.

Dans son dernier rapport paru en décembre dernier, l’Institut canadien pour des choix climatiques signale une hausse du nombre de sinistres au Canada depuis les années 1970, et surtout une hausse de 1250 % du coût moyen de chaque sinistre. Le rapport explique qu’une « tempête ou une inondation coûtant 8 millions de dollars en 1970, coûterait aujourd’hui plus de 110 millions de dollars ».

Transition juste

L’enjeu des changements climatiques est parfois perçu comme un dilemme entre la protection de l’environnement et le soutien à l’emploi. Au contraire, la transition écologique peut avoir des retombées favorables en termes d’emplois tout en respectant les limites de notre planète.

En effet, l’Organisation internationale du travail (OIT) prévoit une création nette de presque 20 millions d’emplois dans la foulée de l’atteinte des objectifs de l’Accord de Paris. En outre, l’OIT estime que ces emplois seront plus avantageux pour les travailleurs et les travailleuses. Par exemple, la Confédération des syndicats européens, qui représente 45 millions de travailleurs et travailleuses à travers l’Union européenne, rapporte de nombreux exemples de réussite dans certaines des plus grandes régions industrielles du continent où une transition vers des secteurs moins polluants s’effectue tout en protégeant la main-d’œuvre.

Au Canada, le gouvernement fédéral a annoncé en novembre dernier un investissement de 100 millions de dollars pour la création d’emplois écologiques en Alberta. Le gouvernement estime que ces nouveaux emplois vont aider à réduire les émissions de GES de 10 millions de tonnes par année. Ainsi, comme l’écrit Anabella Rosemberg de la Confédération syndicale internationale, « les pertes d’emplois ne sont pas une conséquence inévitable de politiques climatiques, mais plutôt la conséquence d’un manque d’investissements, de politiques sociales et d’anticipation ».

Parmi les mesures susceptibles de favoriser cette transition figurent des programmes de rééducation et de formation pour la main-d’œuvre, de protection d’emplois ou d’avantages sociaux ou encore la diversification des économies locales.

Taxe nécessaire

La taxe sur le carbone est donc une intervention nécessaire. Elle cherche à imposer, en tout ou en partie, les coûts sociaux causés par les GES aux pollueurs et constitue aussi un pas vers la réconciliation entre nos besoins économiques et le respect des limites de notre planète. Elle permet aussi de dégager des sommes que l’État peut dépenser pour soutenir les travailleurs et les travailleuses durant la transition et investir dans des mesures économiques structurantes.

À cet égard, une économie qui peinerait à s’adapter à ces changements pourrait se retrouver à la traîne par rapport à d’autres pays ayant développé plus rapidement les énergies vertes ou l’économie circulaire. La taxe sur le carbone agit donc aussi comme un incitatif économique pour les entreprises à réduire leurs émissions ou à investir dans des technologies et des procédés industriels moins polluants.

L’inaction face aux changements climatiques n’est plus une option. Elle a des coûts écologiques et économiques insoutenables. La bonne nouvelle est que de plus en plus d’acteurs socioéconomiques le reconnaissent et que les solutions sont de plus en plus à notre portée.