Analyse : L’évolution de la couverture syndicale et une perte de l’avantage syndical en 2020

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Archive FTQ. Photo Normand Blouin

L’année 2020 ne fut certainement pas comme les autres et cela s’est reflété dans les données sur le marché de l’emploi. Les mesures de confinement, particulièrement en mars et en avril, ont provoqué des pertes d’emplois importantes dans plusieurs secteurs d’activité économique. Dans certains d’entre eux, comme l’hébergement, la restauration et la culture, le retour au travail est encore impossible pour des milliers de travailleurs et de travailleuses. La crise économique a donc entraîné des impacts spécifiques à certains secteurs et groupes de personnes, lesquels ont malheureusement renforcé les inégalités sociales existantes. Conséquemment, il faut faire preuve d’énormément de prudence dans l’analyse de l’évolution de la couverture syndicale et de l’avantage syndical entre 2019 et 2020.

Le taux de couverture syndical correspond à la proportion de personnes couvertes par une convention collective, qu’elles soient membres d’un syndicat ou pas. Cet indicateur diffère du taux de syndicalisation, qui désigne uniquement la proportion de membres en règle d’un syndicat.

Une hausse du taux de couverture syndicale en 2020

Comme dans les autres provinces canadiennes, le taux de couverture syndicale au Québec a considérablement augmenté entre 2019 et 2020. Celui-ci est passé de 39,1 % à 39,9 %, soit son plus haut niveau depuis les dix dernières années. La hausse sur cette période a été plus importante pour les femmes (+1,3 PP1) que pour les hommes (+0,6 PP). Devrait-on se réjouir de cette situation ? Pas tellement. D’abord, la hausse du taux couverture syndicale n’a pas été causée par une hausse des effectifs syndiqués. On observe plutôt une baisse d’environ 40 000 personnes syndiquées entre 2019 (1 463 200) et 2020 (1 424 900). Cette hausse en 2020 résulte donc tout simplement du fait que le nombre d’emplois non syndiqués a davantage reculé que les emplois syndiqués. Plusieurs des secteurs les plus touchés par le confinement, comme l’hébergement et la restauration, demeurent faiblement syndiqués. Avec la fin des mesures de confinement et le retour au travail de milliers de personnes non syndiquées, on pourrait assister à un recul du taux de couverture syndicale.

La pandémie semble avoir accentué deux tendances de fond des dernières années : le déclin des effectifs syndiqués dans le secteur privé et une croissance soutenue dans le secteur public. Pour le secteur public, on assiste à une légère croissance des effectifs syndiqués combinée à une hausse importante du taux de couverture syndicale, de 84,1 % à 85,6 % sur la même période. Cela s’explique par les pertes d’emplois importantes des personnes non syndiquées de ce secteur.

Dans le secteur privé, on assiste à une baisse d’environ 50 000 personnes syndiquées en 2020 par rapport à 2019. Bien que l’emploi syndiqué du secteur privé ait rapidement retrouvé le même niveau qu’avant le confinement (février), celui-ci a connu une stagnation relative pour le reste de l’année, et ce, à un niveau bien inférieur à celui observé en 2019. Ainsi, le taux de couverture syndicale est passé de 23,9 % en 2019 à 23,5 % en 2020. Cette situation demeure très préoccupante. Pour que le mouvement syndical conserve son influence et garde un bon rapport de force, le poids des effectifs syndiqués dans le secteur privé doit à tout le moins se maintenir.

Forte baisse de l’avantage syndical en 2020

Comme illustré par le tableau suivant, les salaires (horaire médian et hebdomadaire médian) des personnes non syndiquées ont crû au moins deux fois plus rapidement que pour les personnes syndiquées entre 2019 et 2020. Cela a eu pour conséquence de faire diminuer considérablement l’avantage syndical, c’est-à-dire la différence salariale entre les personnes syndiquées et les non syndiquées. Pour le salaire horaire médian, celui-ci était de 37,1 % en 2019 et de 30,0 % en 2020. Pour le salaire hebdomadaire médian, il est passé de 31,6 % à 22,9 % sur la même période.

Il ne s’agit pas nécessairement d’un signe que les syndicats sont moins en mesure de négocier de bonnes conditions de travail. Cela reflète plutôt les perturbations particulières engendrées par la pandémie et les mesures sanitaires. Comme ce sont surtout les personnes salariées à faibles salaires, particulièrement les femmes, qui ont perdu leur emploi, cela est venu augmenter « artificiellement » la médiane des salaires. Par exemple, le salaire horaire médian dans le secteur de l’information, de la culture et des loisirs est passé de 23 $ à 27 $, une hausse phénoménale de 17,4 % en une seule année ! Cela pourrait s’expliquer par la concentration des pertes d’emplois chez les bas salariés.

De plus, on peut supposer que les pertes d’emplois dans des secteurs fortement syndiqués et à salaires élevés, l’aéronautique par exemple, ont pu avoir un effet à la baisse sur les salaires des personnes syndiquées, en particulier les hommes. On observe également une hausse de l’emploi dans certains secteurs faiblement syndiqués et offrant de bons salaires, notamment les services professionnels, scientifiques et techniques, ce qui a également contribué à la diminution de l’avantage syndical.

Considérant les importantes perturbations provoquées par la pandémie et les mesures de confinement, l’année 2020 ne permet pas de dégager de tendances quant à l’évolution de la couverture syndicale ou de l’avantage syndical. Tout au plus, peut-on tenter d’expliquer les variations de ces indicateurs. Il demeure que certaines tendances de fond n’ont pas disparu avec la pandémie, particulièrement le déclin inquiétant des syndicats dans le secteur privé.