Femmes dans la construction: au tour du gouvernement de faire sa part

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Photo Philippe Lapointe

L’industrie de la construction est un milieu majoritairement masculin. En 2019, seulement 2,4% de la main-d’œuvre était constituée de femmes. La Commission de la construction du Québec a beau multiplier les programmes et campagnes de sensibilisation, seulement 9,5% des employeurs embauchent des femmes. Pour renverser la vapeur, le comité des travailleuses de la FTQ-Construction a interpellé le gouvernement pour prendre action. Selon le comité, en tant que plus grand donneur d’ouvrage au Québec, le gouvernement devrait exiger un quota de femme dans ses contrats.

Une culture à briser

La présence de femmes sur les chantiers est marginale. Dans certains métiers, elles sont presque entièrement absentes (mécaniciennes de machines lourdes, ferrailleuses, mécaniciennes de chantier, mécaniciennes en protection-incendie).[1] Le Québec fait mauvaise figure comparativement aux autres provinces canadiennes où les femmes sont davantage représentées dans la construction : 4,7% en Alberta, 4,1 % en Saskatchewan et 3,7% en Colombie-Britannique (CCQ, 2015). Il semble évident que la question de l’intégration des femmes dans l’industrie de la construction dépasse la simple question de mesures incitatives ou de sensibilisation. Selon le comité des travailleuses de la FTQ-Construction, cela requiert un changement de culture.

Même pour les femmes qui sont dans l’industrie, la moyenne d’heures travaillées est plus basse encore que pour le reste de l’industrie. Elles ont travaillé en moyenne 671 heures, comparativement à 948 heures pour les hommes. En plus du harcèlement qu’elles vivent et la difficulté de se faire embaucher, il n’est par surprenant que de nombreuses travailleuses considèrent la construction comme un milieu hostile.

Le levier du gouvernement

Pour Sophie Roy, présidente du Comité des travailleuses de la FTQ-Construction, le gouvernement pourrait jouer un rôle plus important pour intégrer davantage de travailleuses. En tant qu’important donneur d’ouvrage au Québec, le gouvernement pourrait exiger un quota de travailleuses sur ses contrats.

« Pour les travailleuses, l’enjeu c’est d’obtenir des heures. Nous vivons de la discrimination à l’embauche et souvent les employeurs hésitent à nous prendre. On est les dernières embauchées et premières slackées. Si le gouvernement forçait la main aux entrepreneurs, on assurerait un bel avenir aux travailleuses qui pourraient montrer de quoi elles sont capables, » rappelle, Sophie Roy.

L’intégration et le maintien de travailleuses dans l’industrie de la construction constituent des étapes majeures pour l’égalité des sexes au Québec. Les emplois dans la construction offrent une rémunération et des avantages sociaux généralement supérieurs aux emplois traditionnellement féminins. En imposant des quotas, le gouvernement a la possibilité d’offrir un tremplin pour les femmes qui désirent, par passion, travailler dans la construction.


[1] CCQ, Tableau C 22.