Conciliation travail-vie personnelle, témoignage d’une travailleuse de la santé

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Infirmière fatiguée et épuisée à cause de la COVID-19 et le surplus de travail dans les hôpitaux. Photo Jose Manuel Perez

Par : Membre de la FTQ*

En tant que travailleuse dans le réseau de la santé, je réalise à quel point il y a très peu d’empathie et d’ouverture pour favoriser la conciliation travail-famille dans un contexte exceptionnel de pandémie. L’arrêté ministériel a le dos large et il est utilisé à toutes les sauces. Pour délester les employées et employés, pour changer leur horaire à moins de 24 heures d’avis, pour les obliger à travailler de soir, de nuit et les fins de semaine, pour annuler leurs vacances, etc. Tout ça en leur disant toujours et toujours « c’est un arrêté ministériel! »

En ne s’intéressant pas le moins du monde à savoir si ces employées et employés ont une famille, des enfants, un conjoint pour les aider. Peu de gens se préoccupent de notre santé mentale et de notre surcharge familiale. L’important c’est d’être performant, d’avoir un bon rendement et d’être présent au travail coûte que coûte.

D’un côté, certaines travailleuses ont le droit de faire du télétravail, mais à quel prix. Elles se sont fait dire que c’était un privilège de pouvoir travailler à la maison en ayant les enfants. Je dirais plus que c’est un défi :

Un défi de maintenir les exigences de l’employeur en même temps que de t’occuper du mieux que tu peux de tes enfants,

Un défi de ne pas trop te culpabiliser de laisser tes enfants devant la télévision ou la tablette afin que tu puisses terminer ta rencontre Zoom,  

Un défi de gérer les chicanes de tes enfants en même temps que d’essayer de composer un rapport pour le travail,

Un défi de ne pas angoisser, qu’on te reproche de ne pas être disponible à un moment précis de la journée.

Alors je ne vois toujours pas en quoi le télétravail avec des enfants à la maison est un privilège.

De l’autre côté, il y a celles qui ont été obligées d’aller au front et de voir au quotidien des gens mourir. Ces travailleuses qui n’étaient aucunement préparées à cette situation se demandent « jusqu’à quand pourrons-nous tenir? » Que dire de celles qui ont décidé par elles-mêmes de s’isoler de leur famille afin de ne pas prendre le risque de les contaminer ou celles qui ne l’ont pas fait, mais qui craignent à chaque retour à la maison de transmettre le virus? 

Le constat d’un grand manque de considération envers la conciliation travail-famille dans le réseau de la santé était déjà présent, mais cette situation d’état d’urgence l’a mis encore plus en évidence. Il y a peu de place pour l’empathie, pour l’écoute et peu de considération de la part de l’employeur. Ce qui a amené beaucoup de femmes à s’épuiser et à malmener leur santé physique et mentale.

Je souhaite que le réseau de la santé en tire des leçons et que les façons de faire puissent être améliorées pour qu’il y ait plus de conciliation et de bienveillance. Les employeurs seraient surpris de voir à quel point les employées et employés seraient reconnaissants et encore plus performants.

* Ce témoignage a été rédigé par une travailleuse du réseau de la santé. Elle a choisi de rester anonyme parce que les travailleuses subissent des représailles si elles osent s’exprimer sur leurs conditions de travail et dénoncer les injustices du système.